Au début du 20e siècle, il existe très peu d’organisation de ski dans les Laurentides. Des skieurs viennent déjà arpenter les champs près de Shawbridge, passant la nuit à la maison de pension de Mme Marshall, près du pont Shaw. Toutefois, ils ne sont pas regroupés en club. À Sainte-Agathe, le Manitou Club attire des skieurs anglophones de Montréal et même des États-Unis. Ils peuvent profiter des pistes de ski et y loger pendant la fin de semaine. Toutefois, en 1922, l’établissement est incendié et les skieurs perdent leur pied-à-terre dans les Laurentides.
À l’hiver 1922-1923, certains d’entre eux fondent le Laurentian Lodge Club, connu aussi sous le nom de Shawbridge Club. L’organisme reçoit ses lettres patentes en septembre 1924. Il loue la maison de pension de Marie Eugénie Lanctôt (une ancienne maison de ferme des Stephens) sur la rue Principale pour la transformer en maison d’invités. Elle devient le pied-à-terre des membres du club pour profiter des Laurentides. Les affaires vont bien et en 1929, le club devient propriétaire de la maison de Mme Lanctôt. En été, les membres reviennent aussi à Shawbridge afin de profiter du terrain de golf aménagé à côté, sur les terrains de la ferme Clark.
De nombreux skieurs de renom, dont Herman Smith Johannsen dit Jackrabbit, Wilder Penfield et Frank Nemec, fréquentent cette villa les fins de semaine. Plusieurs des membres sont hommes d’affaires ou des politiciens de Montréal ou même des États-Unis. Les femmes sont acceptées seulement comme invitées ; elles accompagnent leur mari ou leur père.
Le Laurentian Lodge Club devient un refuge pour plusieurs de ses membres. Il y règne un fort esprit de camaraderie, surtout lors des soirées autour du foyer. Malgré la crise financière de 1929 qui atteint plusieurs membres du club, de plus en plus de skieurs envahissent les Laurentides. À l’hiver 1927-1928, ils sont 11 000, venus principalement par les trains de neige.
En 1932, la fondation du Penguin Ski Club, formé exclusivement de femmes, influence peu à peu le Shawbridge Club et en 1936, il accueille sa première femme parmi ses membres. Durant la Deuxième Guerre mondiale, quelques membres ou de leurs proches partent au front et plus que jamais, le club devient un refuge afin d’oublier les problèmes de la métropole et les horreurs de la guerre. En 1947, le gouverneur général, Harold Alexander (comte Alexander de Tunis), fait une visite à Shawbridge le temps d’une randonnée en ski, à l’invitation d’un des membres.
Dans les années 1930 et 1940, la popularité du club bat son plein et la maison est toujours remplie. Certains invités doivent aller dormir au Maple Leaf Inn, situé non loin, ou à la maison de pension de Mme Marshall, près du pont Shaw. Le transport est de plus en plus facile, surtout en automobile étant donné que les routes sont déneigées. En 1947, le club compte 150 membres, dont J.A. Douglas McCurdy (le premier homme à avoir volé en aéronef) et Charles Peter (éditeur du journal The Gazette).
Dès la fin des années 1950, l’ouverture de pentes de ski ailleurs dans les Laurentides (Saint-Sauveur, Sainte-Agathe, Mont-Tremblant) fait baisser l’achalandage à Shawbridge qui perd son attrait comme destination hivernale. Le club, qui était accessible toute la semaine, n’est ouvert que les fins de semaine. Plusieurs membres continuent toutefois d’y séjourner avant de prendre le train pour faire des excursions à Mont-Tremblant ou ailleurs dans les Laurentides.
En 2016, le club vend le Laurentian Lodge, qui est transformé en auberge avec salle de réception, et cesse ses activités.